
14H20 dans une salle de classe du lycée professionnel Virginia Henderson, à Arnouville. Sur les feuilles blanches, des visages apparaissent, parfois tristes, parfois en colère. Certains élèves tracent
leurs premières cases de bande dessinée, d’autres hésitent encore, le crayon en suspens. Au début, il y a eu des regards méfiants. « On va faire du dessin ? » Quelques soupirs, quelques silences. Puis, peu à peu, les histoires ont pris forme. Celles du harcèlement, des moqueries, des solitudes invisibles. Des récits que l’on garde souvent pour soi, et qui trouvent ici un espace pour exister, être dits, être regardés autrement.
Dans ce lycée, trois classes de terminale se sont engagées dans des projets artistiques autour de la tolérance. Bande dessinée, aquarelle, linogravure : autant de manières de dire, autrement, ce qui traverse l’adolescence. Les œuvres finiront affichées dans les couloirs, publiées dans le journal du lycée, vues par d’autres élèves. Pour certains, c’est la première fois que leur travail est montré. La première fois qu’ils prennent la parole autrement.
L’adolescence, un âge fragile et décisif
L’adolescence est un moment charnière. Un âge où l’on cherche sa place, où l’on doute, où le regard des autres pèse lourd. C’est aussi une période marquée par des fragilités accrues : perte de confiance, difficultés à se projeter dans l’avenir, inquiétudes face aux choix à venir et aux incertitudes économiques et sociales. Pour de nombreux jeunes, l’accès à des espaces d’expression et de création en dehors des cadres normés reste limité. Les pratiques artistiques autonomes sont rares, en particulier dans certains territoires où l’offre culturelle est peu visible ou éloignée. Beaucoup ne se sentent pas légitimes à pousser la porte des lieux culturels, souvent associés à d’autres publics, d’autres codes, d’autres parcours.
Selon une enquête nationale menée par l’UNICEF auprès de plus de 20 000 enfants et adolescents, 66,7 % déclarent manquer d’accès à des activités culturelles, qu’il s’agisse de pratiques artistiques, de visites ou d’ateliers. Cette privation ne relève pas seulement de contraintes matérielles : elle touche aussi le sentiment de légitimité, la capacité à se dire : « Cet espace est aussi pour moi.». Dans ce contexte, les adolescents ont besoin de temps et de lieux où il se passe quelque chose autrement. Des espaces où l’on peut s’exprimer sans être évalué, expérimenter sans être comparé, être reconnu autrement que par la performance ou la compétition.
Notre conviction : l’art comme outils d’émancipation
Chez Môm’artre, nous sommes convaincus que l’art joue un rôle essentiel à l’adolescence. Parce qu’il ouvre des espaces d’expression là où les mots manquent parfois. Parce qu’il permet de se raconter, de questionner le monde et de transformer une expérience intime en création partagée. La pratique artistique développe l’esprit critique, renforce le pouvoir d’agir et aide les jeunes à prendre position. Elle permet de rencontrer des artistes, de découvrir des univers culturels, de se confronter à d’autres récits que les siens. Elle nourrit le sentiment d’appartenance à un collectif, à un territoire, à une génération capable de penser et de créer. À cet âge, créer, c’est aussi apprendre à oser : oser dire, oser montrer, oser débattre. Autant de compétences essentielles pour devenir des adultes engagés et conscients des enjeux de société qui les traversent.
Comment nous agissons à travers nos projets jeunesse
Les projets jeunesse du Réseau Môm’artre reposent sur une approche collective, pensée pour encourager l’expression personnelle tout en offrant un cadre sécurisant. Chaque projet associe des artistes professionnels, des temps de co-construction avec les jeunes et une liberté de création encadrée, permettant à chacun de trouver sa place dans un projet commun. Les jeunes sont impliqués à toutes les étapes : choix des thèmes, exploration des techniques, réflexion sur les messages à transmettre et restitution des œuvres. Les projets sont systématiquement reliés à des enjeux de société qui les concernent directement : harcèlement, discriminations, égalité fille-garçon, écologie, vivre-ensemble…
Cette démarche se déploie dans différents contextes et territoires, en lien avec des partenaires éducatifs, culturels et sociaux. Le projet mené à Arnouville en est une illustration : en donnant à voir
les créations, en les rendant publiques, il a permis aux jeunes de mesurer l’impact de leur parole et de leur engagement.
Ce que ça change : former des citoyens capables d’agir
Pour les jeunes, ces projets sont bien plus que des ateliers artistiques. Ils constituent des espaces d’apprentissage. En créant, en débattant, en présentant leurs œuvres à d’autres, les adolescents apprennent à structurer une pensée, à verbaliser une émotion, à défendre un point de vue et à écouter celui des autres. Ces expériences renforcent la confiance en soi, le rapport au collectif et la capacité à se projeter dans l’avenir. Elles participent à former des jeunes capables de comprendre les enjeux de leur époque et de trouver leur place dans un monde complexe.
Elles participent à construire une société plus attentive, plus critique et plus solidaire. Chez Môm’artre, nous croyons que l’art peut changer des vies quand il est présent dans le quotidien des jeunes. C’est pourquoi nous avons fait le choix en 2025 de renforcer nos actions à leurs côtés. À Arnouville comme ailleurs, ces projets permettent à des jeunes de devenir des citoyens capables d’agir et de faire entendre leur voix.
Pour en savoir plus sur nos actions, consultez le rapport d’activités 2025
Téléchargez le rapport d’activités 2025


